Le succés surprise des Beatles et de Gerry and The Pacemakers au début de 1963 prit au dépourvu l'industrie rock anglaise. Bientôt, des agents des maisons de disques se rendirent non seulement á Liverpool pour trouver un nouveau groupe á sensation, mais partout dans les grands centres urbains du nord de la Grande-Bretagne; Birmingham, Newcastle et Manchester.
    Etant proche de Liverpool, Manchester semblait la ville tout indiquée pour y chercher du nouveau. Déjá, un ensemble de la ville des Pluies, les Dakotas, avait connu le succés á Liverpool en accompagnant Billy J. Karamer. D'autres musiciens s'attendaient á une douce ascension au sommet des sommets. Graham Nash, dans une récente entrevue, raconta comment cela s'était passé pour les Hollies:
    "Quand Tommy Sanderson, qui devint notre gérant, nous entendit, le groupe existait depuis environ un mois. Il vint á Manchester pour nous entendre et, quelques jours plus tard, nous étions á Londres pour y enregistrer un disque sur étiquette Parlophone. La premiére chose que nous en avons su, nous avions signé un contrat d'enregistrement et notre premier disque, Just Like Me, se retrouva au palmarés á trois jours de sa sortie officielle."
    C'était en septembre 1963, lorsque les Hollies devinrent le deuxiéme groupe de Manchester á se retrouver au palmarés. Auparavant, Freddie and The Dreamers s'étaient hissés sur la charte nationale avec If You Gotta Make a Fool of Somebody et I'm Telling You Now. Même si son premier disque avec les Dreamers était une reprise d'une authentique piéce de rhythm-n-blues, Freddie Garrity devint la contrepartie manchesterienne de Gerry Marsden, de Gerry and The Pacemakers.

Freddie and The Dreamers

    Le mot le plus souvent utilisé par les publicitaires pour décrire le spectacle de Freddie était "complétement fou". Il était petit, il portrait des lunettes et arborait un sourire éternel. Son spectacle "fou" se résumait á des battements de bras et á quelques sauts á intervalles fixes. Aprés son premier disque, ses chansons furent écrites sur mesure par Mitch Murray, qui était un expert dans les petites folies musicales pop.
    Freddie and the Dreamers connurent une gloire bien éphémère puisque deux ans plus tard, après avoir placé 6 disques au palmarès, le groupe s'effaca á tout jamais. Ironiquement, leur dernier succés avait été une vieille ballade, I Understand. Freddie, qui, de toute évidence, avait compris, au lieu de végéter comme une ex-verdette pop décida de faire un one-man show pour adultes, multipliant gags et vieilles ballades dans son spectacle. Il a puainsi continuer á vivre gentiment et tout récemment il animait une émission pour enfants á la BBC. De toute évidence, Freddie s'était servi du pop, comme Gerry Marsden et Tommy Steele, pour s'introduire dans le showbizz conventionnel. Ce qui n'était pas le cas des Hollies.

Graham Nash et les Hollies

    Si Freddie fut la réplique de Gerry á Manchester, alors les Hollies furent celle des Beatles. Mis á part les Beatles, aucun groupe ne connut autant de succés au palmarés et nul autre, issu de cette période ne posséda une harmonisation vocale aussi distincte. L'homme derriére les Hollies était le chanteur-guitariste-fondateur Graham Nash, qui quitta l'ensemble en 1969 pour la verdure de la Californie. Nash, en compagnie du guiatariste Tony Hicks et du chanteur soliste Alan Clarke, donna des harmonies vocales aussi pures et aussi innovatrices que celles des Beach Boys.
    De plus, les Hollies avaient á leur disposition toute une série de chansons qui comprenaient assez de pop et assez de classe pour devenir des classiques á tout coup. A part les Beatles, les Stones et les Who, qui écrivaient leur propre matériel, seul Manfred Mann pouvait faire un aussi bon choix de matériel musical.
    Comme plusieurs groupes de cette époque, les Hollies débutèrent en enregistrant des chansons américaines comme Searchin' des Coasters, et Stay, de Maurice Williams & The Zodiacs. Ce dernier donna la ligne de direction des succés suivants: Just One Look, Here I Go Again, et I'm Alive. Toutes ces chansons étaient rythmées, ouvrant sur une ligne mélodique harmonisée pour donner sur la voix du soliste Alan Clarke, solidement accompagné par Tony Hicks, qui n'osait pas sortir de la ligne mélodique de base. Comme George Harrison sur les premiers enregistrements des Beatles, il n'y avait pas de place ici pour des adventures "guitaristiques" á la Jimi Hendrix.
    Sur scéne, les Hollies étaient surtout beaux. Hicks et Nash étaient de petite taille tandis que Clarke jouait les hommes forts á l'avant-scène. Alors que la plupart des groupes découverts lors de l'invasion de 1963 s'effacérent deux ou trois ans aprés leur découverte, les Hollies, eux, s'améliorérent avec chaque 45-tours. Leurs meilleurs disques arrivérent en grappe en 1966-67, et même si les thèmes demeuraient juvéniles ils faisaient preuve d'originalité et d'imagination.
    Bus Stop résumait en deux minutes et demie une belle histoire d'amour, genre bandes dessinées, et demeure sans doute le seul succés avec les mots "umbrella" et "queue" dans son contexte lyrique. Carrie Anne, de son côté, présentait un joli flashback aux jeux d'enfants avec les strophes I was a Janitor, You Were A Monitor alors que On A Carousel tirait ses images de la foire et de ses manéges.
    On compte parmi les meilleures chansons de cette époque Stop, Stop, Stop et King Midas In Reverse.Stop amenait un sujet audaceiux au palmarés á savoir les problémes d'un habitué de cabaret qui ne peut s'émpêcher de mettre la main sur la danseuse du ventre. Midas, d'autre

  part, est une superbe production qui se développe á partir d'une intro á la guitare douze cordes jusqu'á l'introduction d'une section de bois et finalement de culvres.
    Le groupe, á travers toutes ces chansons, sut maintenir sa sonorité bien personnelle et même aujourd'hui ces chansons nous apparaissent comme du pop á son sommet.


Herman's Hermits

    Malheureusement pour les Hollies, ils ne purent jamais se défouler sur un microsillon. Comme tous les groupes des années 60, ils auraient bien aimé imiter les Beatles au niveau des albums - concepts. Ils tentérent des commentaires sociaux et même quelques touches psychédéliques pour finalement aboutir á l'interprétation des chansons de Bob Dylan. Il n'y avait rien á faire, les Hollies étaient vraiment les maìtres du 45-tours et leur domination s'arrétait là.
    Le groupe prit un dur coup lorsque Graham Nash décida de travailler avec David Crosby et Steve Stills. Ils ont eu quelques succés depuis au palmarés et Alan Clarke a même présenté un microsillon en solo intitulé My Real Name is Arold. Les Hollies ont trouvé avec Long Cool Woman une nouvelle sonorité mais on peut douter qu'ils puissent éclipser leur succés des années 60.
    Alors que les Hollies se retrouvaient réguiliérement au palmarés, un autre artiste de Manchester, lui aussi, connut un brin de gloire. C'était le jeune comédien Peter Noone, mieux connu sous le nom de Herman comme chanteur soliste de Herman's Hermits. Chanteur est peut-étre un mauvais terme pour décrire Peter Noone. Il était plutôt un beau visage tout gentil.
    Son attrait, comme celui des Monkees, était d'être sexy tout en paraissant inoffensif. Comme les Monkees, il trouva la gloire aux Etats-Unis avant de conquérir la Grande-Bretagne. Son premier succés, Listen People, avait été écrit par Graham Gouldman, membre d'une autre formation rock de Manchester, les Mockingbirds. Même si Listen People fut tirée á plus d'un million d'exemplaires aux Etats-Unis, le disque ne parut pas en Angleterre. Le premier disque á sortir en Grande-Bretagne fut I'm Into Something Good, qui monta directement á la première position au palmarés national.
    Ensuite, Herman put enregistrer ce qu'il voulut, peu importe toutes ses chansons devinrent des succés.
    Herman, les Hollies et Freddie furent les figures centrales du rock de Manchester des années 60. Il ne faut surtout pas qublier Wayne Fontana and The Mindbenders, qui, en 1964, se hissérent au palmarès anglais avec Um, Um, Um, Um, Um.
    Wayne Fontana était loin d'être une réplique d'Herman. Il apparaissait plutôt dur avec ses cheveux longs, gras et sales. De toute évidence, il venait du côté ouvrier de Manchester. Aprés un deuxième succès. Game of Love, il abandonna son groupe pour tenter une carriére seul. Ce fut un échec, mais son groupe, maintenant sous la direction d'Eric Stewart, continua la trame de la réussite avec un troisième succès. A Groovy Kind of Love, en 1966.
    L'histoire du rock de Manchester devrait s'arrêter ici, mais, en 1971, le propriétaire d'un petit studio se spécialisant dans les commerciaux et les chansons de football enregistra un succès énorme, Neanderthal Man.
    Le groupe auquel on créditait la chanson s'appelait Hotlegs et il était formé d'un ex-Mindbender, Eric Stewart, en plus d'ex-membres des Mockingbirds, Lol Creme et Kevin Godley, Quelques mois plus tard, Graham Gouldman, de retour des Etats-Unis, se joignit au groupe, qui travaille maintenant sous le nom de 10 cc.
    L'énsemble a depuis donné á la Grande-Bretagne un des grands espoirs des années 70 avec trois superbes microsillons et quelques succès au palmarès, Donna, et Worst Band In The World. Le groupe connait présentement une popularité croissante en Amérique, et un succès au palmarès suffirait pour l'établir comme l'ensemble britannique le plus original des années 70.
    Terminons donc sur cette note optimiste en soulignant que Graham Gouldman est l'auteur de Bus Stop, No Milk Today (Herman's Hermits), For Your Love (Yardbirds), Heart Full of Soul et Evil Hearted You (tous deux pour les Yardbirds deuxième version).
    Les studios Strawberry á Stockport, oú enregistrent Gouldman et 10 cc attirent de plus en plus d'artistes. Le dernier Neil Sedaka a été enregistré lá-bas en compagnie de 10 cc. Qui sait? Manchester remplacera peut-être Londres comme capitale du pop anglais ...

Read Article in English


Previous | Misc. Foreign Mag Index